Bruxelles est verte-grise-verte.
Et puis elle possède, comme toutes les villes du nord, cette condition surprenante quand nous venons des contrées méditerranéennes. Une condition infligée à tout un chacun, soyons nous d’appartenance bourgeoise ou populaire : celle d’une vie menée essentiellement dans des espaces intérieurs. Nous nous habituons, jour après jour, à voyager en ville sans vraiment y être, comme si les rues et les trottoirs n’existaient que pour nous mener d’un point a vers un point b – qui, seront, inévitablement, des pièces fermées, protégées de toute agression extérieure.
Pour moi, grandi à Porto, la presque inéluctable trinité du métro, boulot et dodo gagne ici toute une nouvelle dimension. C’est aussi l’une des raisons qui me poussent à m’intéresser au paysage du logement de Bruxelles : en quelque part, et c’est une sensation renforcée de manière inévitable par les nouages lourdes et proches, nous sortons rarement de l’espèce de sous-marin qui est notre domicile. Oui, les bruxellois vivent entre-portes et souvent sans balcon, terrace ou d’autres bouts d’espace qui puissent tenir lieu de périscope.
La collection d’images d’appartements à louer prises sur internet par Michel Reuss peut se métamorphoser très vite en allégorie de l’existence dans une ville. En regardant ces images j’ai la même réaction vis-à-vis de cette grisaille parfois triste et illisible: si Bruxelles est une ville de laquelle on se méfie au premier abord, la collection quasi infinie de détails cocasses qui la ponctuent nous fait, à la fin de quelques mois, aimer ce martyr de projets mégalomanes et de spéculation immobilière. Ainsi, la poésie de Bruxelles respire à travers ces détails, sur les décombres de la bruxellisation.
Maintes confidences sortent de ces photos. De l’amusement, certes, et de l’étonnement, comme si une deuxième couche de lecture émanait d’appartements apparemment banals. Puis nous aménageons un parcours, une narrative, comme si un certain ordre des images pouvait mener à une formule magique et nous révéler davantage. En quelque part, c’est dans les images le plus austères qui se trouvent les secrets le mieux gardés. A la fin, ces mêmes images nous semblent hantées.


j’adore ce texte : il s’y passe beaucoup de choses.
on y retrouve tes critiques, que je sais nombreuses, sur notre ville. mais aussi ta fascination. cette ville qui t’a adpotée, que tu as adopté aussi, parait t’intriguer autant que te désoler. ça me fait le meme effet:
quelques fois elle me fait rire de ridicule, mais souvent je me souviens de ses qualités et me délecte d’y être…