Moins qu’un parcours, l’exploration est une fouille.
Claude Lévi-Strauss
Ahab* fouille l’océan comme quelqu’un qui fouille le lac de son enfance. Avec la seule puissance de la pensée il maîtrise l’échelle des océans : ils se transforment immédiatement en mots, en cartes, en plans, en diagrammes, enfin, en une pognée de centimètres à la portée des ses doigts rouillés par l’angoisse de cette quête parmi les paysages appartenant aux pages des vieux atlas de Mercator ou Joan Blaeu.
Et pendant que les quatre-vingt trois chapitres de la quête nous passent entre les doigts, nous savons tous qu’il ira trouver Moby Dick, parce que lui, comme le propre Melville, ce sont des êtres « biggers than life», plus grands que la vie, et ainsi est la force que les anime.
Cependant – si ce m’est permis un bref moment de philosophie bon marché -, la vie n’est pas plus grand que le destin, et Ahab doit mourir alors aux bras de son Adamastor, de son monstre infranchissable.
La conclusion est facile : l’allégorie d’Ahab est l’allégorie de la personne vulgaire, c’est à dire nous tous, qui tous les matins descendons de notre lit vers les mers du sud pour, avec un peu de chance, apercevoir au loin le jet de la baleine qui nous hantera jusqu’à la fin de nos jours.
*Achab dans la version française.
(Huile sur papier, 22×14 cm, 2007)

